Amour du travail bien fait…

« J’ai l’amour du travail bien fait » disait le rémouleur de guillotine la veille d’une exécution.

Mais comment, par quelles contorsions, lier l’amour au travail ? Il y aurait l’école besogneuse, et l’amour serait le soin laborieux et minutieux donné à une tâche qui nous contente amplement. Et une école jouissive, où l’amour serait un don (donné ou pris). La cigale et la fourmi version amoureuse.

Dans la besogneuse version, l’amour du travail a une valeur, qu’il convient de rétribuer par la richesse convoitée. La clé du paradis est égale au coffre en Suisse anonyme mais paisible.

Dans l’autre, l’amour est la négation du commerce de la chair, et de la relation marchande, la valeur est inestimable, non négociable, et nul crédit ne saurait payer les échéances régulières que l’on doit à un amour bien né.

L’amour du travail peut-il être gratuit ? Et s’il est de plus bien fait, quelle est sa juste rétribution ?

On pourrait imaginer que nous ayons le travail de l’amour bien fait, ce qui au sortir de la couche satisferait bien des exigences statistiquement plutôt déçues que comblées. Ou que le bienfait du travail dans l’amour compense les insuffisances des bienfaits d’amour du travail.

On y perdrait notre latin, et toutes ces connaissances à mobiliser pour donner à l’amour sa juste valeur boursière pourrait avoir pour conséquence d’interdire toute OPA ce qui serait dommageable aux spéculations auxquelles je me livre.

Il y a l’honnête homme laborieux, besogneux, penché sur son travail, l’aimant tant et plus, et l’autre, brebis galeuse, qui n’a aucun égard pour la source de son bien-être et qui préfère batifoler librement s’extirpant de toute obligation industrieuse mais qui sera fort dépourvu lorsque la bise lui sera refusé.

Mais avec son portefeuille bien garni, l’amoureux besogneux offrira le gîte et le couvert, pendant le gueux amoureux, la tête dans les étoiles, et le cœur dans la bière, ne pourra même pas se payer le bordel de Mme de Montalent.

Bien fait, l’amour du travail est un ordre juste, une valeur ancienne encore bien cotée qui nous épargne les tracas des passions éphémères.

J’ai juste un petit problème, qu’arrive-t-il aux amoureux des bienfaits de leur travail lorsque soudain tout compte fait, et résultats financiers passés au crible, on se rend compte que leur amour coûte bien cher à la holding, et qu’il convient séance tenante d’aller chercher en Extrême-Orient d’autres amoureux bien moins cher, à la valeur fluctuante, qui bradent la valeur travail parce que l’amour chez eux ne coûte pas aussi cher que chez nous ?

L’archiviste

« My children were bred in industry – mes enfants ont été nourris dans l’amour du travail »

John Charles Tarver in « The Royal prhraseological English-French, French-English dictionary »

« Pour faire tant de choses M. Vuarin avait un secret c’était l’amour du travail »

François Martin in « Histoire de M. Vuarin et du rétablissement du catholicisme à Genève »

« Quelle chose exquise que l’amour du travail chez les honnêtes gens ! Il témoigne de lui-même qu’il contient en soi toutes les vertus ! Tu en as de cet amour, parmi tes nombreuses qualités mon cher Grégoire, ô le meilleur des hommes, toi si cultivé, comme le demande ce que tu m’écris et me demande par lettre. »

Iôannès Anagnostès in « Thessalonique : chroniques d’une ville prise »

« Lorsqu’une pacification générale sera devenue le résultat de nos victoires et de nos négociations, il faudra que la patrie rappelle ses enfants aux loisirs de la paix, non pas à cette oisiveté qui rend l’homme mauvais citoyen, vicieux et misérable, mais à cet amour du travail qui le rend meilleur et plus utile ; il faudra qu’elle adopte un système de prospérité intérieure, dans lequel la fortune des citoyens se gradue pour ainsi dire sur leur industrie et leur probité, et qui fasse servir ainsi le mobile tout puissant de l’intérêt particulier à rendre laborieuse la nation entière. »

M. Deschiens (Avocat à la Cour royale de Paris) in « collection de matériaux pour l’histoire de la Révolution en France depuis 1787 jusqu’à ce jour – Bibliographie des journaux » – édition 1829

« Là donc où il y a un crédit bien organisé, l’homme qui réunit l’intelligence à l’amour du travail, l’aptitude industrielle à la probité, est assuré que le moyen ne lui manquera pas avec le temps de conquérir l’aisance, de se faire cette situation que le poète ancien qualifiait de médiocrité d’or, que les anglais désignent sous le nom d’indépendance, et qui offre à l’homme les plus sûres garanties de bonheur. »

Michel Chevallier « Cours d’économie politique au Collège de France – Discours d’ouverture du cours de l’année 1844-1845 »

« Le régime donne pour but a l’Ecole ” de faire de tous les Français des hommes ayant le goût du travail et l’amour de l’effort ” ; aux camps de jeunesse qu’il ouvre, il ne prescrit qu’« une seule obligation : l’amour du travail» ; et Pétain lui-même, signifiant a tout faire, devient naturellement le symbole du Travail. »

Gérard Miller in « Les Pousse-au-jouir du Maréchal Pétain »

« Il était une fois 82 ans, un grand sourire, la Mère Denis.

- Madame Soleil m’a dit que je viv’rais cent ans… Ah! Ah! Je pense!

La Mère Denis, un petit chemin qui descend au lavoir, une brouette de linge, un battoir, une brosse et l’amour du travail bien fait.

- J’ai été plus de 25 ans laver chez eux. Oh oui… Dans le temps, c’était plus dur qu’à présent.

Comme la Mère Denis, les machines à laver Vedette rincent en profondeur. Vedette mérite votre confiance. »

Vedette in « La mère Denis – la grande offensive 1975 »

« La politesse, le respect d’autrui, l’honnêteté, l’amour du travail et de la patrie sont autant de valeurs qui sont transmises par l’exemple et l’autorité parentales. »

Jean-Marie Le Pen in « Discours à Lyon le 11 Mars 2007 »

« Sans l’amour du travail bien fait, sans la fierté de l’œuvre accomplie il n’y a pas de civilisation. »

Nicolas Sarkozy in « Discours à Agen » 2006

« L’amour du travail et du cinéma, l’un et l’autre « bien faits », le guide. Dans On a volé un tram (au titre espagnol, La ilusion viaje in tranvia,beaucoup plus conforme à sa vision du monde et au sens profond du film), deux traminots de Mexico, apprenant que l’engin sur lequel ils ont fait équipe des années durant va être envoyé à la ferraille, décident, passablement éméchés, de lui faire prendre l’air une dernière fois. Des voyageurs montent, les deux comparses décident, tout à leur rigide morale prolétarienne, que personne ne paiera, et c’est toute la société d’un temps qui défile dans ce tramway, des pauvres enchantés de ce don du ciel aux bourgeois qui trouvent suspecte cette gratuité : « Mais alors, c’est du communisme ! » Il y a même deux bigotes qui déballent, au milieu des bouchers sortis de l’abattoir avec leurs quartiers de mouton accrochés aux barres d’appui, leur christ emmailloté, et qui trouvent elles aussi très louche cette générosité. Et le retraité trop zélé qui dénonce ses camarades à la direction se retrouvera seul, au contraire des deux « voleurs de tram », solidaires en tout et qui n’ont entrepris cette équipée que par amour du travail. »

Emile Breton in « Luis Bunuel et le Mexique – L’Humanité du 2 Mars 2006 »

« J’ai toujours l’impression de fournir plus de travail que je ne devrais. Non pas que le travail me répugne, remarquez ; j’aime le travail, il m’exalte. Je resterais des heures à le contempler. J’apprécie énormément sa compagnie, et l’idée d’en être séparé me brise le cœur.

On ne saurait m’en donner trop ; accumuler le travail est même devenu chez moi une sorte de passion ; mon bureau en est rempli à un tel point qu’il n’y a plus de place pour en mettre davantage. Il me faudra bientôt construire une annexe.

En outre, je prends soin de mon travail. Une partie de celui que j’ai en ce moment chez moi est en ma possession depuis des années et des années, et il n’est souillé d’aucune trace de doigts. Je suis très fier de mon travail. Je le descends de temps à autre pour l’astiquer. Je ne connais personne qui garde son travail en meilleur état de conservation que moi.
Mais cette passion dévorante ne m’empêche pas de me montrer raisonnable. Je n’en demande pas plus que ma part légitime. Aussi, quand j’en hérite sans l’avoir désiré, cela m’ennuie. »

Jerome K. Jerome in « Trois hommes dans un bateau »

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail. »

Paul Laffargue in « Droit à la paresse » 1880

Publié dans:  on novembre 28, 2007 at 9:48 Laisser un commentaire
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