La chambre des fleurs, le thé au lait de yack, et l’amour en pays Moso

namu
Nouvelle surprenante ce matin, Namu, star chinoise est amoureuse de Nicolas (oui, oui, Sarkozy !). Evidemment ça fait tilt, je cherche à en savoir plus, ça pourrait faire un bon billet de « Love toujours » ça ! ( voir la nouvelle)

Mais qui est-elle ?

Le jour où un professeur a demandé à Namu son nom de famille, elle est restée perplexe : elle n’en avait aucune idée. Sa mère l’avait appelée Erche Namu, ce qui, dans la langue sino-tibétaine du peuple moso, veut dire littéralement « Trésor Princesse ». « Mais ton patronyme ? », a insisté le professeur. Namu a répondu « Yang », au hasard. Depuis, elle s’appelle Yang Erche Namu. Mais pour tout le monde, elle reste Namu, « la princesse ».

Namu est née en 1966 chez les Moso, une société matrilinéaire des montagnes du Yunnan, à la frontière sino-tibétaine, à 2700 mètres d’altitude. Les Chinois appellent le pays Moso « le Pays des Filles », car chez les Moso, les femmes sont chefs de familles. Les Moso ont rejeté le mariage. Les unions sexuelles sont temporaires et les enfants appartiennent d’office à la famille maternelle. La société Moso exige la tolérance, le respect d’autrui et l’aide collective.

On peut trouver sur minorites.org un portrait assez complet :

« Cette chanteuse et mannequin-vedette a exporté dans les foyers de l’empire du Milieu son insolence naturelle, sa sensualité sans complexe et la manière d’être particulière de la minorité dont elle est issue. Telle la Bardot de Et Dieu créa la femme, elle a fait figure de révélateur dans une société chinoise encore inhibée. Car le peuple moso, société quasiment matriarcale, libérée des tabous sexuels, opposée au mariage et surnommée « le pays des filles », n’est pas franchement dans le goût conformiste de la politesse chinoise.

Première Moso à avoir quitté le pays natal pour étudier à Shanghaï ; première Moso à conduire sa voiture ; première Moso à posséder un appartement à Pékin ; première Moso à être devenue citoyenne américaine ; première Moso à travailler dans l’industrie de la mode ; première Moso célèbre ; première Moso auteur d’un album pop-rock ; première Moso punk…

Au « pays des filles », les femmes sont chefs de famille. Et, comme remarque justement Namu, « pour garder le pouvoir, il faut travailler. Donc les hommes ne fichent pas grand-chose ». Le « père » n’existe pas, il se contente d' »arroser » un fœtus préexistant dans le ventre de la mère. Pour autant, précise Christine Mathieu, la société moso n’est pas matriarcale mais matrilinéaire : les femmes n’ont pas le pouvoir politique mais ce sont elles qui transmettent les noms et les terres.

Elles choisissent aussi leur amoureux. Dès 13 ans, chaque adolescente a droit à une « chambre des fleurs », où elle peut recevoir les hommes. Lors d’une danse nocturne autour du feu, l’homme gratouille la main de la jeune femme qui lui plaît. Si celle-ci n’enlève pas sa main, il est invité à venir lui rendre visite dans la chambre des fleurs. Les garçons sont ainsi condamnés à ne jamais être que les invités d’une femme pour une nuit. Ils repartent le lendemain matin chez leur mère, leurs tantes et leurs oncles.

Aujourd’hui, à (environ) 38 ans, Namu est une star de la Chine moderne. Elle donne des concerts, chante dans des films, fait le mannequin pour Levi’s, incarne le chic de Shanghaï, a animé une émission musicale à la télévision. Son visage apparaît partout dans la presse et sur les panneaux publicitaires. Son appartement pékinois a fait l’objet d’un reportage photos dans l’hebdomadaire Cosmopolitan local. Des magazines branchés lui décernent le prix de la femme la mieux habillée, de la femme la plus sexy. Elle pense lancer une ligne de parfums et de sous-vêtements. On lui demande des autographes dans la rue. Namu publie aussi plusieurs livres par an en Chine. Des guides pratiques sur ses habits ou ses petits amis, conseillant les femmes sur la manière de prendre le dessus, en amour et au travail. Le principe : « Namu peut le faire, vous le pouvez aussi ! »Il y a des photos d’elle presque à toutes les pages. Tous se vendent à plus de 50 000 exemplaires, sans compter les innombrables éditions pirates.

Elle investit dans son village, devenu une réserve folklorique vendue aux touristes. Quand elle y revient, on ne lui pose jamais de questions. « On me demande : « Tu veux manger ? Tu veux du thé au beurre de yack ? » Ma mère ne me dit jamais qu’elle est fière, elle me critique toujours. Elle me reproche d’avoir la jupe trop courte, le pantalon trop serré. »

Celle qui voulait voir « derrière les montagnes » ne sait plus où chercher du nouveau. « On a écrit des livres sur moi, un réalisateur chinois prépare un film sur ma vie, et je me demande : quoi d’autre maintenant ? » Elle dit encore : « Je ne suis plus de nulle part. En Chine, je suis moso ou américaine ; en Amérique, je suis chinoise. L’odeur du feu et le thé au beurre de yack me manquent à en mourir et dès que je reviens dans mon village, j’ai envie de repartir. Rien n’est comme dans mon souvenir, la télévision et Internet sont arrivés, les gens changent. Si j’étais restée, je ne souffrirais pas tant. Je ne me sentirais pas si seule et vulnérable. Si c’était à refaire, je ne quitterais pas le lac Lugu. » – Lire le portrait complet

 

Le lac Lugu

Le lac Lugu

Et elle a écrit un livre avec Christine Mathieu (anthropologue), l’adieu au Lac Mère (voir l’article sur le routard ). « C’est le seul peuple au monde, explique Christine Mathieu dans sa postface, à croire que le mariage détruit les familles. » Les unions sexuelles sont donc temporaires, les hommes venant « visiter » les femmes le temps d’une nuit. Tolérance, respect et aide collective sont les valeurs fondamentales de la culture moso.

Waouuuhhh, je discerne dans le petit écho de ce matin une leur de satisfaction. L’amour ailleurs, au pays des Yacks et de la montagne sacrée.

Je me demande quand même qui sont ces « mosos », ils sont à peine 30.000, une infime minorité, qui sont répartis dans différents villages de montagne entre le Yunnan et le Sichuan, aux confins du Tibet.

On en trouve une description sur wikipédia :

« Les mères sont les piliers de la société. Seule l’ascendance féminine est prise en compte et la transmission du nom comme des biens est exclusivement féminine. La notion de père n’est pas inexistante (il existe un mot pour « père »), mais elle est très marginale. Les hommes et les femmes ne vivent pas en couple mais chacun dans sa famille d’origine. Les couples d’amoureux se retrouvent discrètement le soir (au domicile de la femme). Le tabou de l’inceste est particulièrement strict, en particulier entre frères et sœurs (qui logent sous le même toit et se partagent les tâches de la maisonnée). Les liaisons se nouent et se dénouent sans contraintes sociales (même si elles s’accompagnent à l’occasion d’une collaboration privilégiée entre les familles concernées, lors des travaux des champs par exemple). Sans mariage ni infidélité, ce système exclut si radicalement la possession que la jalousie en devient honteuse. »

Et si vous désirez en savoir plus voir l’enquête linguistique à Yongning.

Je ne sais pas ce que va devenir cette histoire. La politesse voudrait que Nicolas réponde à Namu, d’autant que dans la tradition « Moso » l’homme n’a pas le choix.

Mais de ma lucarne d’où je regarde l’amour je songe à mettre un pluriel, et à moins regarder le nombril occidental. Je me demande à quoi ressemble la « chambre des fleurs », et quel le goût du thé au lait de yack ? Je me prends à rêver d’amours tibétaines et bouddhiques, à gratter la main d’une demoiselle Moso dans l’attente de sa réponse.

On a l’air de quoi, avec nos couples, nos divorces, nos chansons d’amour éternel ? C’est comme rencontrer des extra-terrestres, parce qu’on ne sait pas après tout comment ils aiment chez eux. J’aime bien l’amour sous toutes ses formes, un truc bizarre qui procure au cœur une certaine chaleur. Je ne suis pas sûr que l’idéal amoureux n’ait pas de multiples formes et donc de multiples beautés.

Si Amour rimait avec tolérance ! D’ailleurs, lorsque l’on aime vraiment c’est un peu accepter l’autre tel qu’il est qu’il vienne du Lac Lugu où d’ailleurs non ?

Published in: on novembre 29, 2007 at 10:22  Laisser un commentaire  
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